L'appel de l'âme: Le coeur du tambour - 3ème partie

Paris, 2016. C'est l'automne.

Plus que deux mois avant la rupture conventionnelle.

 

Depuis le cercle de femmes à Pâques, je me suis mise à "voir" mon grand père, mort il y a bien longtemps, et que je n'ai jamais connu.  Je sais que c'est lui. Il me parle de mon père, me dit qu'il regrette. Curieusement mon père tombe malade au même moment. Infection suite à une opération..  Je ressens pour la première fois de ma vie de la colère contre mon père. Comme si travailler sur le féminin faisait ressurgir des émotions oubliées et bien enterrées ..  Sentir cet ancêtre à mes côtés, moi qui n'ai pas eu de grands parents, qui ne sait rien d'eux, me fait me sentir aimée, veillée.  Je suis si heureuse qu'il m'affectionne. Il semble me protéger. Il est doux avec moi. Il dit qu'il regrette tout ce qu'il a pu faire à mon père.

J'aimerais le croire. Je me dis parfois que c'est mon mental, qui voudrait une sorte "d'happy end".

 

Je suis très surprise aussi car cela fait quelques années que je demande à ne plus "voir" de défunts ni les entendre.

Vu et senti trop de choses flippantes.

C'est pas facile d'être à l'aise avec ça. Certaines personnes ne comprennent pas, elles me disent "oh mais c'est génial parle-leur". Enfin c'est pas aussi simple. Il y a aussi tout l'aspect sensible, on sent leur tristesse ou émotions, c'est assez perturbant au début lorsqu'on ne sait pas ce qui arrive. Ça peut vitre être éprouvant, comme s'ils absorbaient notre énergie (ce qui peut arriver s'ils sont en difficultés) et plus jeune je me sentais submergée.

Le truc c'est que plus on en a peur, plus on attire des énergies basses fréquences qui se font un malin plaisir de faire encore plus peur.

Du coup pour simplifier j'ai tout fermé pendant longtemps en demandant à ne plus rien voir.

 

Est-ce que l'ouverture à mon côté féminin voudrait dire aussi "ré-ouvrir" cet aspect de moi?

 

Parallèlement, comme je continue mes recherches sonores et musicales un ami artiste me prête son tambour chamanique, car le mien est petit et son son trop "mat".

Le tambour, battre le rythme du cœur de la Terre Mère..

La mailloche symbole du principe masculin, tandis que la peau représente le principe féminin. Le battement sonne l'union de ces deux principes. L'Unité se réalise à chaque battement, comme dans notre cœur, comme l'amour.

Je pars ravie en studio tous les midis pour apprivoiser de nouveau chants que j'entends dans ma tête.

Il se passe alors quelque chose de très étrange -pour changer XD- . Je me mets à chanter avec une voix masculine profonde, comme un chant de gorge.

De nouveaux sons que je n'ai jamais chanté. Et puis, je "les vois". Je vois un homme de type asiatique, l'air sévère.

Je ressens une immense affection pour lui. Une jeune femme aussi. Elle a des cheveux très noirs, et des nattes. Ses pommettes sont très rouges, comme lorsqu'il fait très froid. Une femme plus âgé. Je les vois, je leur parle. Je sais que nous sommes reliés.

L 'homme me dit qu'ils sont ma famille. Je me mets à pleurer à chaudes larmes. Dans ma vision je les sers contre moi si fort.

Ils sourient. La jeune fille pleure. Curieusement je sais qu'ils sont vivants. Je veux les retrouver. Et puis je me souviens. Mon premier chant s'appelait "Sibéria". Les paroles sont venues toutes seules, un soir au moment de m'endormir.

D'abord une voix de femme qui chante un air, puis:

 

"Non plus jamais nous n'irons en traîneau / chantant sous les étoiles les dieux obscurs d'antan

grelottent nos rennes aux clochettes d'argent/ respire sous la terre noire le sulfure et le sang

Sibéria Sibéria

C'est là que je vis sous la glace/ Femme squelette brisée par les vents

Quand vient la nuit je sais que tu l'entends / Oh mon amour reste vivant"

 

Lors de mon voyage au japon des années auparavant, je ne sais pas pourquoi mais au moment où nous survolions la Sibérie j’étais restée collée le nez sur le hublot, fascinée par l'étendue de glace immense et interminable...

 

Je demande pourquoi je ne me suis pas réincarnée avec eux. Pourquoi je suis aussi loin, alors qu'eux sont tous réunis.

L'homme, que je crois être mon père - me dit qu'ils ont choisis de me protéger. Quitter le clan était mieux pour moi, il fallait que mon âme survive. Apporter ailleurs leurs traditions. Chez eux il y avait un grand danger. Je ne comprends pas trop ce qu'ils veulent dire. Je trouve ça injuste d'être seule ici.

Mon mental s'emballe ensuite. Plein de questions sans réponses.

Un ami me dit qu'il doit s'agir d'une vie antérieure. Je ne veux pas l'accepter. Je n'y crois pas. Ils sont bien trop "réels".

 

Et puis "par hasard", j'ouvre le livre de Michael Harner "Caverne et Cosmos

Il explique qu'il est tout à fait possible d'avoir un guide en voyage chamanique qui existe en chair et en os dans notre monde. Que celui-ci peut ne pas en être conscient. Il relate un cas où c'est arrivé. Mon cœur palpite. J'ai l'impression que c'est le cas pour "ma famille".

 

Je continue à voyager au son du tambour tous les midis. L'homme m'enseigne ainsi qu'à la jeune fille. Je suis son élève. Il me fait un peu peur car parfois il est brutal, il me secoue ou il me tape quand je ne comprends pas ce qu'il veut, il me dit que je ne viens pas assez souvent. Il passe beaucoup de temps à pêcher dans la glace. Il y a des maisonnettes en bois.

Il me montre comment enlever les entités d'une certaine façon. (Je ne suis pas autorisée à le dire ici, pas encore en tout cas).

Il me montre d'autres choses. Ça va trop vite pour moi et ça me fait peur. Il s'agace de ma peur et me rudoie.

 

Je deviens complètement obnubilée par la Sibérie, le lac Baïkal, la Mongolie. Je décide d'y aller. Je veux les retrouver. J'écoute les chants de différentes peuplades de ces régions, et je ressens un lien du cœur, une nostalgie. J'en pleure en les écoutant.

 

 Je rends le tambour et m'en achète un. Sur le coup, je souhaite acquérir un tambour le plus rapidement possible. Je ne peux plus rester loin de ma "famille". C'est urgent. Pas le temps d'en fabriquer un. Je le reçois le jour du solstice d'hiver et l'inaugure lors d'un concert le lendemain.

Parallèlement, mon père va fêter ses 80 ans, il va mieux. Je ne suis pas en mesure psychologiquement d'aller à la fête, de voir ma famille. Colère. Froid entre mon père et moi. Mon grand père auprès de moi. Il veut que je dise à mon père qu'il est là. Qu'il demande pardon. Mais comment puis-je lui dire cela? "Salut Papa au fait y'a ton père avec moi il regrette tu sais .." ah mais oui c'est sûr ça va le faire. Je me sens bizarre.  Je promets de le rejoindre en Italie en début d'année avec mon fils.

 

Le nouvel an arrive très vite. Champagne. Je quitte enfin la "boîte". Youhou. Des projets plein la tête.

La veille de mon départ pour l'Italie mon père fait une rechute. Il part pour l'hôpital.

Je sens que quelque chose d'étrange se passe entre mon père et moi. Comme si nous ne pouvions pas nous voir à ce moment.

 

J'essaie mon nouveau tambour en studio. Son son est très bas, profond, puissant. Trop puissant pour moi peut être.

Au début je suis déçue: je n'arrive pas à voyager.

Pas du tout semblable à celui du peintre. Son tambour avait un son très doux. Très amérindien. 

Je sens la peur, le métal. La pièce est pleine de peur quand je joue. C'est une sensation très désagréable. Flippante.

Puis je comprends. Je vois.

La chèvre a eu peur au moment de mourir. Et l'instrument en est imprégné.

Je me sens tellement idiote. Tellement triste pour l'animal. Je demande pardon. J'ai honte. Honte de n'avoir pas pensé plus tôt qu'une vie allait être prise pour que je puisse jouer. C'est précieux. Cela ne peut pas être fait à la légère.

J'imagine tout un chacun voulant son tambour "histoire d'en avoir un". Je me dis combien c'est idiot. Il doit y avoir d'autres façons.

Ce soir là je rentre, terriblement déçue. Je place le tambour sur mon autel - j'ai enfin osé en faire un chez moi!- et je lui offre du tabac.

Je prie pour l'esprit de la chèvre, je demande pardon encore, je lui parle, et lui dit que je regrette.

Je comprends le prix de sa vie. J'honore également l'esprit du bois.

Quelques jours plus tard je sens que je dois reprendre le tambour, réessayer.

Je n'y crois pas trop, le son était si métallique et funeste!

Je commence à jouer. La peur n'est plus là. Le son est toujours aussi puissant et abyssal mais c'est différent.

Il y a comme un lien entre moi et lui, car je ne peux me l'expliquer mais je sens sa présence tout autour de moi.

Elle semble courir tout autour de moi. Elle m'entoure. Je sens qu'elle est d'accord pour rester avec moi.

 

Jours après jours, nous nous apprivoisons. Je commence à voyager avec lui. C'est différent. Les chants de gorge ont cessé.

D'autres chants plus doux viennent. Je ne parviens que péniblement à voir"ma famille". Comme si mon désir de rester en fusion avec eux était néfaste, empêchait la communication. Comme si je devais accepter d'être là où je suis. Je me sens triste.

Je ne vois quasiment que l'homme pour qu'il m'enseigne. Mais je ne suis pas rigoureuse alors il se fâche et j'ose de moins en moins y retourner.

J'entends parfois mon tambour dire "Tu es chamane". Je réponds "Non! Je ne peux pas être chamane! Ce n'est pas possible!"

Avant la trentaine, j'aspirais à cela. J'imaginais que cela devait être fantastique de pouvoir guérir les autres. J'étais déjà médium, j'exerçais parfois la voyance avec de bons résultats et  j'avais été bien souvent confrontée à des situations plus que tordues d'un point de vue rationnel, j’imaginais que cela devait être exaltant d'être chamane, femme medecine . Je connaissais tous les livres de Castaneda par cœur et je rêvais de vivre ce genre d'aventures de l'âme.

 

Mais à ce moment là je n'idéalise plus du tout. Après deux années à suivre une femme medecine en tant qu'assistante, je sais ce que cela coûte. Je sais qu'être impeccable demande une vigilance de tout les instants, une rigueur intérieure que je ne souhaite pas m'imposer. Que je ne crois pas posséder.

J'ai vu plusieurs hommes et femmes y perdre la tête, leur santé..

En plus ces derniers temps le chamanisme devient de plus en plus à la mode. Tout le monde se décrète chamane, la dernière fois j'ai même été choquée par une amie qui me parle de son pote osthéo "oui Luc, tu sais celui qui a fait la formation de chamane", arrrgh alors je vais pas m'y mettre aussi! Au secours! Bien sûr que nous avons tous des capacités extra-sensoriels mais c'est comme pour tout.. Nous pouvons tous dessiner, fabriquer du pain, des maisons.. nous en avons les capacités.. Mais en avons nous véritablement la vocation, l'envie?

Là tout de suite je préfère m'imaginer en concert, à chanter, à boire du rouge tranquillement...à vivre quoi.

 

Mon père retombe malade. Je m'inquiète beaucoup. Le comble, la foudre est tombé sur la maison.
Il ne peut pas regarder la télévision et reste donc à écouter la radio, à lire.. On dirait un "temps d'arrêt forcé", pour un homme qui ne s'arrête jamais, toujours en mouvement à 80ans...

Un jour je joue, et puis l'idée me vient de faire un chant pour aider mon père. Pour lui envoyer de l'énergie de guérison.

A ce moment-là, un esprit sort de mon tambour. Je vois sa forme et ses couleurs de façon précise. Il se met à danser tout autour de moi.

Il me demande de ne pas essayer de guérir mon père. Il m'explique que c'est dangereux pour moi de faire cela maintenant.

Je ne suis pas prête. Il me révèle son nom. Il me dit que lui peut le faire. Il me dit à nouveau ce que j'ai déjà entendu "tu es chamane".

Je ne dis rien parce que j'ai un peu peur là tout de suite.

 

Sur le coup, chaque vision ou voyage est intense, vrai. Et puis quelques jours après, cela s'estompe, comme si un voile se mettait dessus. Le mental résiste. Anesthésie. J'ai peur de me tromper. De me fourvoyer. Je n'ai pas envie de croire à quelque chose qui me semble trop beau. Trop fou. Après tout, avec tous les hommes et femmes medecine que j'ai rencontré, ça se saurait non?

 

Au début du printemps, mon père est toujours à l'hôpital.

En m'endormant un soir, je vois mon grand père.. "Nous sommes chez mon père. Ils discutent. Mon grand père demande pardon. J'appelle mes guides pour qu'ils viennent aider mon père et mon grand père. Mes guides font un soin à la blessure de mon père. Puis mon grand père part dans la lumière."

 

Quelques jours plus tard mon père sera enfin définitivement guéri. Quelle joie!!!

Finalement, des mois plus tard je trouve les mots pour lui exprimer verbalement ce que son père est venu me dire. Contrairement à ce que je m'attendais, il prend plutôt bien les choses. Il voit ça comme un message venant de l'inconscient.

 

Puis concernant "ma famille" en Sibérie je comprends que j'irai certainement un jour à leur rencontre. Peut être sont ils vivants, peut être sont ils morts et  ne sont que "souvenirs".. Peut être est-ce un contact avec un autre monde, l'être humain pouvant entrer en relation avec d'autres dimensions, mémoires de son être.. Qu'importe. Je les sens vivre à travers moi. Dans mon sang.

Tout ce qui compte est ici et maintenant.

Mon tambour m'accompagne. Et mes ancêtres aussi..

 

C'est une grande porte qui s'ouvre, la porte du son. Le son me permet de voyager mais aussi je sens que les sons que j’émets ont une action directe. Je sens aussi l'énergie des dragons mais j'en reparlerai ;-)

Je décide naturellement d'enseigner et transmettre les chants que j'ai reçus, et d'aider chacun dans la quête de son chant, de sa voix.

Entre la voix et la voie, il n'y a qu'un pas.

 

Chantez, chantez! Il ne peut y avoir de colère, de tristesse profonde qui demeure en nous lorsque nous chantons.. Le chant permet de transformer. Les chants sont vivants. Ils sont énergie active, lien entre matière et spiritualité.

"Chanter, c'est aimer..."

 

<3

 

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